Doc-série “Memos de la Fábrica”

Memo02Après l’expérience positive de “Historias de Libros”, je retrouvai Novasur pour un nouveau projet télévisuel: “Memos de la Fábrica”.

Le documentaire Voces Obreras leur avait plut, et la valorisation du patrimoine industriel leur paraissait un sujet non abordé, spécialement selon un angle destiné à un public jeune.

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Personnellement, avec ce projet, je rassemblai différents thèmes travaillés dans le passé: Le monde industriel durant mes années polymédia, l’histoire orale, la valorisation d’un héritage, la participation de jeunes dans la production audiovisuelle.

Je proposa donc de réaliser une série documentaire conduite par une adolescente. Novasur me donna carte blanche.

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Pour ce projet, je réduisis l’équipe technique à sa minimale expression, et je m’entourai d’une productrice exécutive d’expérience, Carmen Gloria Dunnage et d’un historien, Alonso Vela-Ruiz afin de valider toutes les données historiques dans toutes les étapes de la production. Là encore je travailla avec l’équipe selon des lignes directrices prédéfinies. D’une certaine manière je commençai à systématiser un méthode de production de série documentaire, inspiré des projets précédents. Chaque épisode de la série devint alors le terrain d’expérimentation d’une hypothèse générale. Cette hypothèse générale se déclina en 2 parties:

L’hypothèse 1: Il reste aujourd’hui une connexion possible entre les dimensions matériel et immatériel du patrimoine industriel de la deuxième moitié du XXème siècle.

L’hypothèse 2: Cette connexion peut s’établir à partir de la mémoire d’anciens travailleurs sous un mode positif et didactique pour un public jeune et général.

Pour vérifier ces hypothèses nous avons délimités notre champs d’action grâce donc à des lignes directrices:

Type d’industrie: Réaliser un mélange entre industries emblématiques et d’autres moins connues.

Lieux: Trouver des industries qui conservent un bâtiment visible aujourd’hui.

Validité: L’activité industrielle doit être terminée dans ce bâtiment.

Période: 1940 – 1990

Participant: Travailleur au sens large dont position hiérarchique connectée avec le monde ouvrier.

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Pour ce projet, le pré-production avec les personnes contactées fut minime. Quelques vérifications d’usage furent réalisées principalement par l’historien et lorsque des doutes se sont présentés, et que cela était possible, nous avons élargie le nombre de rencontres. D’ailleurs il ne s’agissait pas d’interviewes mais bien de rencontres filmées.

Cristaleria Def.Still002Si la première hypothèse s’est confirmée par l’investigation historique, et donc ne fut pas en soi une grande surprise, la deuxième se révélera au fil du dialogue qui s’installa entre la protagoniste de 16 ans, Camila, et les anciens travailleurs qu’elle découvrit à chaque fois. La présence de Camila donna un sens “patrimonial’ à leur discours. C’est à dire qu’ils se situèrent dans une position de ‘transmetteur” d’une période non connue, de situations personnelles et professionnelles plus en vigueur pour la génération de Camila. Et le montage final ne fut que le résumé des différents points abordés lors de ces rencontres.

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La partie fictionnelle de chaque épisode nous parut nécessaire afin de renforcer l’identification avec le public cible. Seul le dispositif est fictionnel, c’est à dire le motif qui décide Camila de se rapprocher des gens et la manière de le faire. En fait, je dirai que c’est un dispositif semi-fictionnel en réalité car le premier épisode tourné correspond bien à sa grande tante. Un tournage que nous avons provoqué et souhaité initiatique, ce qui fut le cas et resta mentionné dans le générique.

C’est vrai, je pourrais même rajouter une hypothèse, aux hypothèses initiales et qui serait: Ce genre de sujet et de projet peut arriver à motiver une adolescente.

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Même si le montage dans un format court a tendance à effacer les traces du processus, on note bien une progression dans le comportement et l’intérêt de Camila au fil des épisodes, dont l’ordre de diffusion a seulement été inversé au niveau du 1 et du 2 par rapport à l”ordre de tournage. De ce fait, en respectant l’ordre pour le visionnage on peut tout à fait détecter la progression de Camila. Il faut noter en plus qu’elle participa activement à l’écriture de sa voix off, ce qui fait de chaque rencontre un témoignage documentaire partagé entre nos hypothèses et son propre regard sur les histoires humaines qu’elle découvre.

Concernant le traitement audiovisuel j’ai souhaité une touche plus ciné en modifiant le format de l’image et en saturant les couleurs. Ce format HD anamorphé renforce la profondeur, l’aspect énigmatique et l’intégration du sujet dans chaque environnement. Les couleurs saturées apportent plus de vie à l’ensemble des dispositifs ainsi qu’au travail de mémoire des personnes interrogées.

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Le projet se termina à l’instar de “Voces obreras” par une rencontre public-protagonistes, cette fois-ci dans le cadre de la cinémathèque nationale, en présence du directeur du Centre Nationale de la Télévision et de la classe du lycée de Camila. Malheureusement entre le moment du tournage et la présentation, un des protagonistes avait décédé, donnant finalement à la série, dès son lancement, un sens “patrimonial” encore plus pertinent.

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D’un point de vue personnel, ce projet me donna beaucoup de plaisir et satisfaction quant à la nature et authenticité des témoignages. J’ai découvert des univers et réalités que je ne connaissais pas ou dont je n’avais qu’une vague idée. Avec Carmen Gloria nous avons porté un autre regard sur une partie de l’histoire du Chili très peu médiatisée, surtout de cette manière là, loin de la dénonciation, le vindicatif, ou le discours politique. Nous avons voulu être au plus près du sentiment humain, avec tout ce qu’il comporte de subjectif et de sélectif, surtout quand il s’agit du souvenir, de la mémoire. Malgré tout je constate avec cette série, qu’éloigné des faits, s’estompe l’effet partisan, qui tend, dans le factuel, à provoquer plus de fantaisie ou d’émotion. J’ai plus la conviction que bien des années après, un certain réalisme fini para prendre le pas. Je dis un certain car cela dépend de comment il est activé. C’est en cela que je pense que l’activation inter-générationnelle est une porte “saine” sur notre histoire. Je réalise moi aussi avec le recul que le produit réalisé avec Camila valide un certain regard qui peut être utile pour appréhender certains aspects de notre histoire, et ce, quelque soit les pays et les cultures.Memos05

Merci à Alonso pour la validité historique des faits présentés dans les épisodes, et surtout merci à Carmen Gloria pour sa détermination et compétence à maintenir chaque épisode dans la bonne direction, du tournage jusqu’au lancement public dont elle a été la grande architecte. Félicitations à Camila pour sa participation active, sensible et constante durant les 10 mois de production. Ce n’est pas rien! Amical souvenir à Benji, il saura se reconnaître. Enfin, une pensée affectueuse pour les véritables héros, chaque travailleur, travailleuse, famille et proches qui ont bien voulu ouvrir leur livre de souvenirs et transmettre à la génération d’aujourd’hui une fenêtre différente sur le passé.

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